Unity provoque la colère des développeurs avec des changements à leur modèle d’affaires

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Image à la une : Unity

Unity est un moteur de développement de jeux populaire et il est surtout utilisé par des développeurs indépendants. Hier, dans une entrée de blogue, Unity a annoncé d’importants changements à leur modèle d’affaires qui changent la game pour les développeurs, et la grogne chez ces derniers s’est fait sentir immédiatement.

Pour résumer simplement; de base, Unity peut être utilisé gratuitement, mais les studios publiant un jeu avec cet engin payent une licence selon différents paramètres et choix de licence. Le principal changement maintenant apporté, c’est qu’en plus de la licence, Unity va charger des frais aux développeurs pour chaque installation; même dans des cas où des utilisateurs désinstallent/réinstallent plusieurs fois le même jeu, entre autres.

Depuis l’annonce initiale, Unity a précisé certains points qui étaient flous en répondant à des questions posées sur leurs forums. Unity reste peu transparent par rapport à la méthode de collecte des données pour comptabiliser le nombre d’installations, et de manière générale le ton des réponses est plutôt réactif et se veut peu rassurant pour les développeurs.

J’ai demandé à plusieurs développeurs de studios québécois leur réaction face aux changements apportés par Unity. Le thème commun dans ces réactions est que le lien de confiance est brisé entre les créateurs et l’entreprise Unity.

Vincent Presseau, fondateur et PDG de Carcajou Games, dont le jeu Rose’s Retirement Run roule sur Unity :

« Je suis quelqu’un de principe et pour moi comme en justice, il y a la notion d’intention. Même s’ils reviennent sur leur décision, il y a un lien de confiance qui est brisé. Et pour ça, on peut pas juste reculer et dire d’oublier ça. C’est comme une relation toxique.

On va me dire qu’il y a des décisions « business » qui se prennent, mais j’en ai plein le derrière, car Unity n’en est pas à sa première bourde. L’an passé son PDG avait traité les développeurs qui ne s’engagent pas dans des approches analytiques de stratégie de monétisation dès le début du processus de développement comme des « f*cking idiots ». Il a par le suite précisé ses propos, mais ça démontre sa ligne de pensée.

Ça peut être bizarre pour quelqu’un qui n’est pas développeur, mais il faut comprendre qu’il y en a pas mal parmi nous qui ne voient pas tous les joueurs comme des « porte-feuilles » et c’est correct aussi. Je sais que je ne suis qu’un grain de sable et que mon projet à lui seul ne fera pas de différence, mais si tous les développeurs impliqués se tenaient et retiraient leurs projets (ce qui est utopique j’en concède), ça enverrait un message clair.

On est sur le bord de shipper un projet et déjà il y a un moment je me disais : « Si on le porte sur consoles ou si on fait une suite, on pourrait utiliser un autre moteur ». Bien, ils viennent de régler ça. »

Martin Brouard, co-fondateur de Studio Imugi, dont le projet actuel est également sur Unity :

« C’est très très mal communiqué, mais à première vue ça semble être une décision mal réfléchie de la part d’une direction complètement déconnectée de la réalité des développeurs de jeu.

Plusieurs développeurs ont déjà souligné les problématiques que ça soulève concernant les démos, les bundles, des campagnes d’installations malveillantes, etc. Sans compter évidemment les coûts exorbitants que ça peut représenter dans certains cas en plus des frais de licences.

Mais ce qui est inquiétant aussi c’est la façon très cavalière dont Unity s’y prend et qui brise le lien de confiance déjà ténu avec la communauté. Tout ça me rappelle beaucoup la situation qui s’est déroulée au mois de février dernier dans le domaine des jeux de rôles quand la compagnie mère de Dungeons & Dragons, Wizards of the Coast a décidé sans préavis d’annuler la Open Game Licence (OGL) ce qui mettait en péril tout le modèle d’affaire de milliers de créateurs de contenu dans ce domaine.

La communauté s’est révoltée en bloc et Wizard of the Coast n’a pas eu le choix de revenir sur sa décision en quelques jours. J’ose espérer que notre communauté va elle aussi se serrer les coudes et que Unity devra revenir sur cette décision douteuse. »

Dave Gagné, co-fondateur de Ragecure Games, dont le jeu de hockey Goons : Legends and Mayhem est en développement sur Unity :

« Beaucoup de choses se sont passées chez Unity depuis quelques jours. Plusieurs éléments des nouvelles politiques se sont clarifiées, d’autres non.

Ultimement, le lien de confiance est rompu et la situation va certainement entraîner une exode vers d’autres engins de jeux. Par ailleurs, comme notre équipe commencera bientôt à travailler sur un deuxième jeu, c’est le moment idéal pour nous de faire le saut, ou au minimum d’en avoir la discussion.

On se questionne également sur la difficulté que ça entraînera de signer avec un éditeur lorsque Unity sera utilisé.

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